18ème conférence internationale contre le Sida

29/07/2010

Du 18 au 23 juillet s'est tenue la 18e conférence mondiale sur le Vih/Sida, à Vienne en Autriche. L'événement a rassemblé associations, chercheurs et scientifiques, soit au total 20 000 participants de 193 pays, rassemblés autour de la lutte contre une des plus importantes pandémies de l'histoire.

Depuis 30 ans, on dénombre 25 millions de morts, 33 millions de séropositifs et 1.5 million de contaminés par an.

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Le Parlement de Vienne orné du ruban rouge
source:REUTERS/Herwig Prammer


Qu'est ce que la conférence internationale du Sida ?

Cette rencontre est la plus grande manifestation internationale sur ce sujet, elle est organisée tous les deux ans par la Société Internationale du Sida (SIA), sous la responsabilité de Julio Montaner, et des partenaires influents comme l'ONUSIDA.

Cette année, le thème Rights Here, Right Now (Des droits ici et maintenant) est particulièrement bien choisi, puis que l'accès universel aux traitements contre le Sida est un des huit objectifs du millénaire pour le développement énoncés par l'ONU.
A sa clôture, la conférence laisse une sensation de bilan mitigé entre les promesses habituelles de mobilisation mondiales et le manque d'action, de financement et de soutien systématiquement dénoncés...

 

L'accès aux soins

« Le thème « Des droits - ici et maintenant » vient nous rappeler que les soins de santé doivent être un droit pour tous mais ne le sont pas », a déclaré le 18 juillet l'ancien président américain, Bill Clinton, lors de la session d'ouverture. « Quelles que soient les difficultés actuelles sur le plan économique, les progrès accomplis au cours des dernières années ne sont pas une excuse pour ne pas garantir ce droit. C'est une excuse pour nous de chercher au plus vite à l'offrir à tous. »

Et pourtant, il y a 4 ans tous les pays de l'ONU s'étaient engagés à l'accès universel aux soins. Aujourd'hui, la moitié des 10-15 millions de patients potentiels, soit 5.2 millions sont sous médication, et 11 milliards de dollars ont été récoltés contre les 25 nécessaires pour l'année 2010. Si les finances suivaient pour traiter et dépister tous les malades, nous pourrions éradiquer la pandémie en 30 ans...


Les doits des séropositifs en périls

D'autre part, Vienne n'a pas hésité à insister sur les droits bafoués des séropositifs, notamment dans les pays de l'Est et d'Asie. En effet, le Sida y progresse fortement, ce qui explique le choix de la capitale autrichienne, pour ce rendez-vous, carrefour de ces deux régions. La progression inquiétante de la maladie à l'Est s'explique par la politique répressive de lutte contre la drogue, excluant les toxicomanes des programmes de prévention. En Russie, le nombre de cas à doublé en 10 ans et deux tiers des nouvelles contaminations se font entre usagers de drogues injectables. Il y a dans le pays entre 1.5 et 3 millions de toxicomanes et dans certaines régions russes, 80% d'entre eux sont infectés par le VIH.

 

L'innovation médicale

Du point de vue scientifique, ce rassemblement à permis de médiatiser un produit nouveaux et soutenu par le corps médical : un gel vaginal préventif incluant un antirétroviral, le ténofovir, à appliquer dans les 12 heures avant et après une relation sexuelle. Ce gel a la particularité de bloquer la transmission du virus.

L'étude Caprisa 004 a été réalisée pendant 30 mois durant lesquels, 843 femmes ont été suivies, 422 ont utilisant le gel contenant le ténofovir, et 421 utilisant un gel placebo. Fin juillet dernier, le magazine Science publiait les résultats : le gel réduit de 39 % les infections par le VIH, plus précisement une baisse de 28 % chez celles qui ne l'utilisaient pas correctement, de 38 % chez celles qui l'utilisaient plus ou moins bien et de 54 % chez celles qui l'utilisaient régulièrement.

Cependant, cet espoir est malheureusement contrebalancé par le déficit de médicaments et le manque de financement.

 

Le financement

La sonnette d'alarme est tirée pour la énième fois par Michel Kazatchkine (ci-contre à droite), Kazatchkine.jpgDirecteur du Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Il a rappelé que les pays en développement ont un besoin qui s'élève de 13 à 21 millions de dollars pour 2011-2013, à partager avec la lutte contre le paludisme et la tuberculose. Cela ne va pas s'arranger, en effet, les Etats des pays riches ont baissé leurs aides de 7.7 milliards de dollars en 2007. Barack Obama avait promis de tripler son aide aux pays pauvres, mais la crise a tout gelé.

Pour palier ce type de situation, une initiative proposée est la taxe « Robins des bois », qui consiste à prélever 0.05 % sur toutes opérations financières afin de financer l'ensemble des programmes sanitaires des pays du sud. Cette taxe mise à l'honneur par les gouvernements français, belges, et allemands n'est pourtant pas retenue. Une taxe sur la transaction des changes est également à l'étude.

Julio Montaner.jpgDe plus, le président de la SIA, Julio Montaner (ci-contre à gauche), également Directeur du Centre d'excellence de la Colombie-britannique pour le VIH/Sida de Vancouver, a mis en avant, scandalisé, l'incohérence de notre modernité :

« Quand il y a une crise à Wall street, des milliards et des milliards de dollars sont rapidement mobilisés. (...) La santé des gens mérite une réponse financière équivalente et une priorité beaucoup plus haute ».

Michel Sibidé, Directeur de l'ONUSIDA, rêve d'un rapprochement des laboratoires afin de produire une pilule unique, moins toxique, moins chère et plus simple... Car pour le moment, ce sont encore les malades des pays les plus pauvres qui bénéficient des anciens médicaments, forts d'effets secondaires, et les malades des pays occidentaux qui ont accès aux  traitements les plus efficaces et les moins violents.

« Des milliards de personnes affichent leur solidarité avec nous en faveur de l'accès universel. Nous devons les rallier à l'initiative de révolution de la prévention et de Traitement 2.0 de Michel Sidibé et de l'ONUSIDA pour nous assurer que les dirigeants mondiaux resteront fidèles à leur promesse de réalisation de l'accès universel », a déclaré le docteur Julio Montaner.

Rendez-vous le 22 juillet 2012, à Washington, pour refaire un bilan des promesses tenues ou non.

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Le patchwork des noms, retour à l'origine des Solidays

20/07/2010

Le principe du Patchwork des Noms, hommage aux disparus victimes du virus, a été repris aux Solidays. Décliné en exposition et en temps spirituel, c'est surtout l'occasion d'une pause et d'un retour à la base du combat.


Qu'est ce que le Patchwork des Noms ?

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Le Patchwork des Noms est une association inspirée par sa grande sœur américaine, Names Project créée en 1980 à San Francisco, en réaction à l'absence de rituel spirituel adapté aux malades, notamment les homosexuels. L'association a été créée en France par Aides en 1989. Elle propose aux proches de la personne décédée, la réalisation d'un patchwork représentatif, afin de matérialiser le deuil, l'amour, le respect, la vie de cette personne. Une cérémonie est proposée en France depuis 1992.

Les étapes de confection du panneau accompagnent le deuil. Chaque panneau en tissu mesure 1.80m sur 0.90m et comporte au minimum le prénom de la personne concernée. Les proches peuvent prendre le temps qu'ils veulent pour représenter l'être aimé.

Lorsque le patchwork est achevé, la remise à l'association est un moment important, puisque symbolique de la séparation. Une lettre est jointe, donnant l'opportunité de s'exprimer, de laisser à l'écriture les émotions et  les impressions. Ensuite le panneau rejoint sept autres panneaux pour créer un carré : le Quilt, mesurant alors 3.60m sur 3.60m.

 


Quels sont les objectifs et la symbolique du Patchwork des Noms ?

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Un des objectifs est de refuser l'anonymat des statistiques : « nommer, c'est faire advenir à l'existence ». Contrairement aux Etats-Unis, la version française et européenne ne prône pas de revendication politique. L'autre volonté est de perpétuer le principe du rituel.

Encadrés par l'Eglise jusque dans les années 1960, ils se sont transformés dans les années 1970 pour s'individualiser progressivement. Le Patchwork des Noms tente de s'inscrire dans un processus d'individualisation et en même temps dans une dimension  collective.

« La symbolique du Quilt est issue de la culture américaine. Elle remonte à l'origine de la création des Etats-Unis, alors que les pèlerins dans leur pauvreté, réutilisaient les restes de tissus pour fabriquer des couvertures. Cette création symbolise en faite la ténacité, la rigueur morale, etc. En se réappropriant un symbole reconnu par l'ensemble de la nation américaine, le Quilt réintègre la communauté gay dans une société qui la nie ». (explication affichée au sein de l'exposition)

 


Quelle présence aux Solidays ?

Pour ne pas oublier pourquoi les festivaliers sont là, et pourquoi les Solidays existent, un espace consacré « Le Patchwork des Noms - Exposition contre l'oubli » rend hommage à certains malades et concrétise l'étape ultime de la maladie.

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Plus intensément, un temps spirituel, laïc, est proposé durant une heure, le dimanche a 17h. A ce moment là, tout le festival s'arrête, les concerts, animations et conférences laissent place au recueillement, au respect. Pas toujours évident dans une ambiance festive, mais au fur et à mesure, cela prend.

Des volontaires, bénévoles d'associations de lutte contre le Sida, les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, prennent place  dans la foule devant la scène Paris, la plus grande de l'hippodrome pour déployer les Patchworks au rythme des noms cités. Bruno Pascal Chevalier, Président de l'association, Antoine De Caunes Président d'honneur des Solidays, ou Ibrahima Ba de l'association Bokk Yakaar, basée au Sénégal, ont tour à tour pris le micro, représentant la lutte contre la maladie, et immortalisant le départ des malades.

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Bruno Pascal Chevalier
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Antoine De Caunes

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Ibrahima Ba, association Bokk Yakaar, Sénégal

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Les soeurs de la Perpetuelle Indulgence

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Un hommage fort, vécu par plusieurs milliers de festivaliers...

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Retrouvez Bruno Pascal Chevalier, Président du Patchwork des Noms, interviewé par Solidays.

Retrouvez les photos du Patchwork des noms dans l'album Flickr des Solidays

Le site du Patchwork des Noms - France

Le site de Names Project
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15:01 Publié dans Solidays | Lien permanent | Tags : solidays 2010, patchwork des noms, festival, recueil, spiritualité, deuil, sida, mort, hiv |

Rencontre Solidays : Eclats de vie contre le sida

07/07/2010

Les Solidays, c'est avant tout l'occasion de faire de belles rencontres.

Lors d'une table ronde sur le sujet L'Afrique mérite mieux que nos clichés, une dame est assise devant moi, un carnet de notes dans les mains. Il s'agit de Janette Maury. A soixante dix huit ans, Janette est une habituée des Solidays.

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Janette de dos ;)

Sa sensibilité à la problématique du Vih/Sida et des Infections Sexuellement Transmissibles (IST) ne se limite pas au festival. Il y a dix ans, Janette a créé des rendez-vous thématiques à la MJC de Conflans-Saint-Honorine dans les Yvelines. Ces événements, que Janette préfère appeler rendez-vous, s'intitulent « Eclats de vie contre le sida ».

Répondant à une démarche initiale de prévention, ces « Eclats de vie » se sont progressivement recentrés sur le thème des discriminations liées à la problématique du Vih/Sida. A l'adresse des jeunes, et dans un cadre dédié à la culture et à la jeunesse (MJC), les rencontres  sont l'occasion pour chacun de proposer son éclat de vie : musiciens, rappeurs, slammeurs, intervenants, danseurs de danses africaines, orientales, joueurs de percussions... tous les langages sont réunis pour questionner les problèmes liés au Vih/Sida, à la vie contre la mort.

Pas de scène : l'espace est libre, ouvert à toute proposition artistique de sensibilisation. D'ailleurs, le prochain rendez-vous est fixé au samedi 18 décembre.

Présentation du projet

« Eclat de vie contre le sida est un projet sensible, exigeant, difficile. Nous aurions aimé qu'il n'y ait plus à combattre, telle n'est pas la réalité. En 2010, le sida, implacablement, continue ses ravages. Dans le monde, 33 millions de personnes vivent avec le sida et 6 000 personnes sont contaminées chaque jour. Ce dixième rendez-vous, tourné vers la vie, axé sur le dépistage, les discriminations, ancré dans un lieu accessible à tous où tout parle sida, reste nécessaire, urgent.

Eclat de vie est prioritairement construit pour et avec les jeunes, quels qu'ils soient, là où se retrouve un public diversifié, familles, élus, associations, libres usagers. A tous il est demandé une infinie patience dans cette soirée qui n'est pas un spectacle mais une volonté de réflexion commune face à un ennemi redoutable : le sida. Ce projet reste un champ d'expérimentation publique, réalisé par des bénévoles obstinés, en étroite relation avec les secteurs Animation Jeunes et Musique (MJC), les agents efficaces des pôles communication et technique de la ville. Un maillage dans la commune permet à tous de se joindre à cette action.

Pour la dixième étape, le docteur Catherine Dolffus, du secteur VIH Hôpital Trousseau, est venue proposer sa participation. Elle a su s'appuyer sur ce qu'elle entendait des jeunes chanteurs et danseurs pour intervenir, rectifier et informer sur le sida. Elle a partagé le repas des musiciens et assisté à une partie de leur concert. Quant  à Dominique Thiery, réalisateur du film VIHsage, il aura sans doute fait réfléchir chacun à la vie compliquée et courageuse de ceux qui ont choisi de dire leur séropositivité. Nous programmerons aussi rapidemment que possible ce film fort à Conflans. C.Greis, qui prépare actuellement des courts métrages sur la santé des jeunes, a pu s'entretenir avec lui et lui confier son scénario sur le sida.

En bref, cette action a un cadre de préparation, au long de l'année, très structuré malgré l'apparente spontanéité. Les méthodes privilégiées bousculent, mais c'est un choix mûrement réfléchi ».


VIHSAGE : tête à tête contre les préjugés

Au cours de notre échange, Janette me parle, entre autres, du film VIHsage (de Dominique Thièry), qui retient mon attention.

Ce film dresse une série de portraits de six PVVIH (Personnes vivants avec le VIH) axés sur l'annonce de leur séropositivité. Six portraits pour six parcours et personnalités très différentes qui évoquent à visage découvert le poids du silence s'ajoutznt au poids de la maladie. On y retrouve notamment le portrait d'un médecin séropositif qui aborde l'annonce de sa séropositivité auprès de sa patientèle.

VIHSAGES (extrait 1) de Dominique Thiéry

 

VIHSAGES (extrait 2) de Dominique Thiéry

 

VIHSAGES (extrait 3) de Dominique Thiéry


Et vous, n'hésitez pas à nous compter une rencontre marquante.

17:09 Publié dans Solidays | Lien permanent | Tags : solidays, eclat de vie contre le sida, vihsage, vih |